Les scarifications à l'adolescence — Volet 1/7
- xpommereau
- 13 août
- 2 min de lecture
Ce que l'on voit… et ce qu'il faut en comprendre
« Elle ne cherche généralement pas à mourir en se coupant. Pourtant, ces blessures peuvent annoncer un risque suicidaire. Explorons ensemble ces conduites complexes dans une série de posts. »
Improprement appelées « automutilations » — puisqu'elles n'entraînent pas la perte irréversible d'un membre ou d'un organe — les scarifications relèvent plus justement des lésions cutanées auto-infligées.
Les études internationales estiment que 15 à 20 % des adolescents déclarent s'être infligé au moins une fois une lésion volontaire de la peau au cours de leur vie. En France comme dans de nombreux pays occidentaux, ces conduites sont en nette augmentation depuis une dizaine d'années, avec une accélération observée depuis la crise du Covid.
Les filles sont trois à quatre fois plus souvent concernées que les garçons, notamment entre 13 et 17 ans. Chez les garçons, ces conduites existent également mais sont probablement sous-estimées. Elles empruntent plus volontiers d'autres formes d'atteinte du corps (brûlures, coups portés contre soi, prises de risques répétées...) et s'inscrivent souvent dans des modalités plus externalisées d'expression de la souffrance psychique.
Il est essentiel de rappeler qu'une scarification n'est pas une tentative de suicide. Dans la grande majorité des cas, l'objectif n'est pas de mourir, mais de tenter de survivre à une souffrance psychique devenue insupportable. Pour autant, ces conduites ne doivent jamais être banalisées : elles constituent un marqueur majeur de détresse psychique et augmentent significativement le risque suicidaire ultérieur.
Ce phénomène s'inscrit dans une société où le corps est devenu un support privilégié d'expression identitaire. Tatouages, piercings et autres formes de marquage corporel se sont largement diffusés, tandis que les réseaux sociaux placent l'image de soi au cœur des interactions. Le corps ne se contente plus d'être vécu : il est montré, observé, commenté, parfois mis en scène.
Mal dans sa tête, mal dans sa peau, l'adolescent qui se scarifie cherche souvent à « faire trace ». Il inscrit dans sa chair une souffrance qui ne trouve pas les mots pour se dire autrement. Ce qui apparaît sur la peau n'est bien souvent que la partie visible d'une blessure intérieure.
Les scarifications constituent une véritable écriture corporelle. Lorsque les mots font défaut, certains adolescents utilisent leur peau comme une page sur laquelle inscrire leur souffrance. Encore faut-il apprendre à en déchiffrer le sens. L'une de mes patientes m'écrivit récemment "s'être sacrifiées" pour dire qu'elle s'était coupée — un lapsus calami (ou lapsus d'écriture) à prendre au sérieux.
Dans le prochain post, nous recueillerons ce que disent les adolescents qui se scarifient pour entendre leurs paroles avant nos explications.

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