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4/7 — Pourquoi les filles sont-elles plus nombreuses à se scarifier ?

Photo du rédacteur: xpommereau
xpommereau
5 sept.
2 min de lecture

Cette différence reste complexe à interpréter. Les données actuelles suggèrent la convergence de plusieurs facteurs.

Les filles connaissent en moyenne une maturation pubertaire et cérébrale plus précoce que les garçons, notamment dans certaines régions impliquées dans le traitement des émotions et des relations interpersonnelles. Ces particularités peuvent contribuer à des manières différentes d’éprouver et d’exprimer la souffrance.

Les filles entretiennent très tôt un rapport particulier avec leur intériorité. À partir de la puberté, les règles, les nouvelles formes corporelles, mais aussi la sexualisation du regard porté sur elles interrogent les rapports entre l’intérieur et l’extérieur, l’intime et le visible, l’enfance et le devenir-femme.

L’attention souvent plus grande portée à leurs états émotionnels les conduit davantage à interroger ce qu’elles ressentent. Leur corps peut alors devenir un lieu de conflits et la peau, un écran sur lequel viennent s’inscrire des « fentes qui saignent ». Celles-ci peuvent traduire aussi bien une tentative inconsciente de « coupure » avec une dépendance aliénante aux liens primordiaux que les traces tangibles de traumatismes précoces, de maltraitances ou, trop souvent, de violences sexuelles subies.

Chez les garçons, la souffrance tend plus souvent à s’exprimer sous une forme externalisée : agitation, opposition, conduites à risque ou violences hétéroagressives. Il leur arrive bien sûr de la retourner contre eux-mêmes. Les coups auto-portés semblent alors vouloir confirmer leurs propres limites corporelles. Dans mon expérience clinique, les garçons qui se scarifient présentent souvent des vulnérabilités importantes, notamment des difficultés identitaires, des expériences traumatiques ou des troubles sévères de la personnalité.

Dans une société dominée par l’image, jamais les adolescentes n’ont été autant exposées au regard et au jugement d’autrui. Les réseaux sociaux entretiennent les comparaisons permanentes et diffusent les représentations d’un corps féminin « idéal », fondé sur la minceur, la sveltesse, le contrôle des formes et la performance. Ils peuvent également susciter une recherche de validation jusque dans l’expression du mal-être. Cette « extimité » peut favoriser des phénomènes d’identification et d’imitation délétères.

La douleur et l’exposition des scarifications peuvent permettre à certaines filles d’apaiser momentanément une culpabilité, de reprendre le contrôle ou de "se retrouver", à travers la sensation corporelle.

Ces différences ne doivent cependant jamais faire oublier que toute scarification possède une fonction singulière, dont le sens ne peut être compris qu’à partir de l’histoire propre de chaque adolescent.

 
 
 

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