LES SCARIFICATIONS À L'ADOLESCENCE — VOLET 3.2/7
Pourquoi les scarifications soulagent-elles la souffrance ? — Psychopathologie clinique
Il s'agit de comprendre POURQUOI, chez certains adolescents, le recours à l’effraction de l’enveloppe corporelle est devenu nécessaire pour s'apaiser.
La souffrance psychique est diffuse, constituée d'un mélange d'émotions, de souvenirs et de traces traumatiques. Elle déborde les capacités de représentation et de symbolisation. L'adolescent ne parvient plus à penser ce qu'il ressent ; il ne peut que l'éprouver en donnant des contours à une souffrance devenue indicible.
La scarification produit une douleur « exquise », au sens clinique du terme, accompagnée d’une blessure précise, localisée et limitée à l’épiderme, sans franchir le derme. Cette limite est essentielle : il ne s'agit pas d'une réelle automutilation, mais d'une inscription sur sa surface destinée à faire couler le sang à la place des larmes.
La peau devient une scène extérieure sur laquelle est projeté ce qui ne peut encore être pensé, élaboré ou mis en mots.
Ces adolescents ont vécu des expériences où dominaient la passivité et l'impuissance : abandon, emprise, intrusions diverses… et hélas trop souvent violences sexuelles. Ils subissaient avec le profond sentiment d’être « objet de l’autre ».
La scarification inverse cette position par une « reprise en main ».
Sans toujours en avoir conscience, le sujet met en scène un renversement de la passivité en activité. De sa main dominante, il agit sur l'avant-bras opposé, devenu le support corporel de ce qui était jusque-là subi.
Sous le contrôle permanent de son regard, il ne se contente plus d'endurer la souffrance : il la produit, la limite et espère la maîtriser.
Pour se contenir, c'est-à-dire retrouver des limites et ne pas "exploser", il attaque sa peau — enveloppe frontière, espace entre-deux, surface de contact avec autrui et support visible de l'identité.
La scarification constitue aussi une tentative de figuration.
Ce qui ne peut être pensé ou symbolisé trouve une première expression dans cette blessure, support d'une représentation que la pensée ne parvient pas à mettre en forme.
La scarification peut aussi constituer une autopunition qui vise souvent moins à se faire souffrir qu'à tenter d'apaiser une culpabilité intenable.
Elle devient souvent une trace de mémoire destinée à ne pas oublier un trauma, une violence, ce qui explique le refus de les effacer ultérieurement, sauf en les recouvrant d’un tatouage.
En définitive...
La clinique cherche pourquoi, chez certains adolescents, la peau est devenue le dernier lieu où la souffrance pouvait encore s'écrire. La scarification n'est pas stricto sensu l'écriture, étymologiquement. Elle en partage pourtant une fonction essentielle : inscrire une trace lorsque les mots ne peuvent être exprimés.

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